jeudi 12 avril 2018

QH 33. Robert Faurisson, modeste professeur de sophistique

Quelques remarques sur une erreur de Faurisson à propos de la carrière de Paul Rassinier


Classement : négationnisme ; Faurisson ; Rassinier




Cette page est la première consacrée à Robert Faurisson, professeur de sophistique tique tique.

Référence
*Robert Faurisson, entretien dans Storia illustrata, août 1979, n° 261, citée dans Serge Thion, Vérité politique ou vérité historique ?, pp. 171-212 (l’extrait présenté ci-dessous se trouve page 195)

Texte
« Paul Rassinier, modeste professeur d’histoire et de géographie, a donné une remarquable leçon de clairvoyance et de probité à ses éminents collègues de l’université. Révolutionnaire authentique, résistant authentique, déporté authentique, cet homme aimait la vérité comme il faut l’aimer : très fort et par-dessus tout. »

Analyse
En tant que « professeur d’histoire-géographie », je me suis interrogé sur un sophisme de détail : pourquoi Faurisson désigne-t-il Rassinier comme « professeur d’histoire et de géographie ».

Rassinier a-t-il été « professeur d’histoire et de géographie » ?
Rassinier a été élève maître à l’Ecole normale de Belfort de 1923 à 1926, a été reçu au Brevet supérieur en novembre 1926, a été instituteur d’octobre à décembre 1926, a fait son service militaire (au Maroc), de décembre 1926 à avril 1928, a été en poste dans plusieurs écoles primaires du Territoire de Belfort d’avril 1928 à novembre 1943, principalement celle dite « du Faubourg de Montbéliard » (de la rentrée 1929 à son arrestation pour faits de résistance le 30 novembre 1943). Après son retour de déportation, il se consacre à la vie politique, puis, y ayant échoué, à ses « recherches » historiques.

Instituteur ou professeur ? L’erreur du professeur Faurisson
Rassinier ne peut donc pas être professionnellement décrit comme « professeur d’histoire-géographie » ; c’est sans doute pourquoi Faurisson le désigne par la formule « professeur d’histoire et de géographie » (le fait que le texte original soit en italien ne change pas fondamentalement les données). Il aurait pu ajouter « de français, de calcul, de leçons de choses, d’éducation physique, de musique, de dessin » puisque les instituteurs enseignaient ces différentes matières, au niveau requis par leurs élèves.
L’énoncé « professeur d’histoire et de géographie » n’est pas faux, mais on ne peut pas dire qu’il soit exact.
Le mot « professeur » est-il vraiment approprié ? Est-ce qu’en l’occurrence, « enseignant » ne serait pas plus convenable ?
Mais il est surtout mystificateur : un lecteur qui ne connaît pas Rassinier interprète l’énoncé de Faurisson comme « professeur d’histoire-géographie », professeur dans l’enseignement secondaire, disposant d’une formation au-delà du baccalauréat.
Faurisson aurait pu dire « modeste instituteur », il ne l’a pas fait ; il a préféré le faire passer pour un professeur. Il conforte ce biais en écrivant ensuite « ses éminents collègues de l’université » : d’un certain point de vue, un professeur d’université est le « collègue » de tout enseignant, y compris un instituteur, mais ce n’est pas le sens le plus évident.

Un instituteur historien : Maurice Dommanget
Il existe pourtant au moins un instituteur historien, réellement « collègue » d’universitaires, puisque sa compétence a été reconnue par les instances universitaires : Maurice Dommanget.
Maurice Dommanget, dont un ouvrage avait impressionné Albert Mathiez, aurait pu envisager une carrière universitaire, mais il a préféré rester instituteur et syndicaliste, tout en écrivant de nombreux livres et articles (dont quelques-uns favorables à Rassinier, du reste).

Il n’est pas déshonorant d’être instituteur
La dénomination d’ « instituteur » n’a donc rien d’infamant ; peu de gens se rappellent que jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, les instituteurs n’étaient « même pas » bacheliers* (curieusement, c’est le régime de Vichy qui a imposé le baccalauréat aux élèves instituteurs, mais il s’agissait de casser le système des écoles normales) ; à cette dénomination honorable, Faurisson en a préféré une autre, légèrement alambiquée, mais propulsant tout de même son objet dans une sphère plus proche du monde de Faurisson (l’Université), tout en en dénonçant discrètement les turpitudes (les « éminents collègues » de Faurisson ne sont ni « clairvoyants », ni « probes »).
Pourquoi donc Faurisson n’a-t-il pas dit « modeste instituteur » ?
Note
*bacheliers : dans son roman pseudo-autobiographique, Candasse*, Rassinier dote son personnage, que beaucoup, notamment dans la mouvance d’extrême-gauche, ont tendance à considérer comme l’auteur, de ce diplôme.
(Référence : Candasse, ou le Huitième péché capital, histoire d'outre-temps, Blainville-sur-mer, L'Amitié par le livre, 1955)

Trois hypothèses pour expliquer l’ « erreur » de Faurisson
Hypothèse 1 : Faurisson ne ment pas
Faurisson croit dur comme fer que Rassinier a été professeur (comme cela est énoncé, par exemple dans certains journaux allemands des années 1960, qui nomment Rassinier « Professor Rassinier »). Il s’est laissé intoxiquer par le flou entretenu par l’intéressé, flou qui permettait à des thuriféraires de lui accorder un statut qu’il n’avait pas eu dans la réalité.
Dans ce cas, Robert Faurisson n’a pas fait les vérifications nécessaires, n’a pas cherché à recouper cette information.
Est-ce que c’est grave ? Peut-être pas, mais une telle erreur est tout de même dommageable pour quelqu’un qui (dans cet énoncé même) accorde une telle importance à « la vérité ». Faurisson révèle qu’il est un banal thuriféraire de Rassinier, prêt à gober un bobard répercuté par des officines allemandes d’après-guerre.

Hypothèse 2 : Faurisson ment par approximation
Il sait que Rassinier a été instituteur, mais il trouve cela un peu faiblard, donc il le dote d’un statut supérieur.
Pourquoi ? Parce qu’il est persuadé que cela va passer comme une lettre à la poste, parce qu’il s’en fout, parce qu’il prend les gens pour des cons.
Là encore, son « amour de la vérité » en prend un coup.

Hypothèse 3 : Faurisson ment volontairement pour signaler (discrètement) qu’il est un menteur
L’erreur n’en est pas une : Faurisson sème un indice attestant qu’il ment ; qu’il est un menteur ; que tout ce qu’il dit est une gigantesque mystification : qu'il ne faut pas croire un mot de ce que raconte Faurisson, qui n’a d’autre but que de se foutre du monde : de ses groupies, la bande à Guillaume, les Dauvé, les Cohn-Bendit (Gaby, dans une période de « bordighisme » aigu, un des individus « sous la responsabilité et avec la participation » desquels le livre de Thion a été édité) et les autres (Dieudonné…), qui bavent comme des chiens en rut quand il énonce ses « hénaurmes » révélations, mais aussi les universitaires qui essaient de prouver qu'il a tort, ce dont il est persuadé, mais dont il n’a que faire.
Que cette « erreur » se trouve dans un développement sur « la vérité », « la clairvoyance » corrobore cette troisième hypothèse, qui cadre bien avec la personnalité du sieur Faurisson.

Un quart de siècle de gloire
Le seul but de Faurisson dans la vie aura été de se procurer, non pas un quart d’heure, mais un quart de siècle de « gloire », but que n’avaient pas atteint ses développements tortueux sur le sonnet des voyelles de Rimbaud. Ses analyses de texte néo-positivistes sont à la fois peu crédibles, ennuyeuses (j’ai lu cette étude, c’est sans intérêt) et anachroniques, à une époque où arrivaient en force de nouvelles conceptions de l’analyse littéraire (souvent tout aussi ennuyeuses, du reste). Quelle importance cela a-t-il que le A représente un sexe féminin (à condition, toutefois, de le faire pivoter de 180° !) ? Qui cela peut-il « choquer » ?
Il fallut donc trouver un sujet plus carrément scandaleux.
Résultat : après avoir effectivement défrayé la chronique, même au-delà des frontières françaises, suscitant le soutien de Noam Chomsky, non pas au négationnisme, mais à la liberté d’expression des négationnistes, Faurisson termina brillamment sa carrière, caniche de Dieudonné, dans un théâtre sordide de l’est parisien.



Création : 12 avril 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 33. Robert Faurisson, modeste professeur de sophistique
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